Le calvaire d’une enfant de 4 ans secoue Clichy en 1929

bigogne01bEn 1929, il n’y eut pas que le jeudi qui fut noir… Un sordide fait divers s’est déroulé rue Martre, à Clichy, et a eu des retentissements dans le monde entier.

Tout commence le mardi 16 juillet 1929 au soir, au 87 rue Martre, à Clichy. A cette adresse, se dresse un modeste hôtel meublé, où des ouvriers louent des chambres (qui leurs servent d’habitation principale) pour la somme de 30 francs par semaine (soit environ 18 euros).

Au deuxième étage, vivent les Bigogne : le père, Marcel, employé dans un atelier de décors de théâtre ; sa femme, ouvrière dans une usine d’automobiles ; la petite Janine, 4 ans ; et sa soeur cadette Gisèle, 9 mois. Tandis que le bébé est gardé la journée par une voisine, Janine va à l’école maternelle de la rue Dagobert et, le soir, joue dans les couloirs de l’hôtel , ou dans la rue avec des petites voisines, en attendant le retour de ses parents.

Disparition mystérieuse

bigogne02Le 16 juillet vers 18 heures, la mère de famille, une fois rentrée du travail, ressort et laisse les deux enfants dans le domicile familial, le temps d’aller à l’épicerie voisine acheter de quoi préparer le dîner. A son retour, vers 19 heures, elle ne trouve que Gisèle, en pleurs dans la minuscule chambre d’hôtel. Tout de suite, elle hurle : « Janine ! Où est tu Janine ? ». Pas de réponse, et les voisins disent n’avoir rien vu. A 20 heures, le père rentre. « Janine ! Janine ! », continue de s’époumoner la mère. Brusquement, il lui semble entendre une petite voix d’enfant crier à l’étage du dessus. « Mais non, ce n’est pas sa voix, voyons ! », lui rétorque son mari.

Les époux affolés cherchent en vain. A 23 heures, ils se rendent au commissariat de Clichy pour signaler la disparition de leur fillette. Le lendemain, tandis que le commissaire Godard de Donville entame son enquête, la mère rentre, épuisée d’avoir couru toute la nuit. Dans l’escalier de l’immeuble, elle croise Sydney, un anglais habitant à l’étage au dessus, qui descend, une cuvette à la main. Elle lui demande si il a vu Janine. « Janine, no ! », lui répond-t-il. De leur côté, les enquêteurs progressent. Ils découvrent un petit soulier blanc ensanglanté sur une verrière, dans la cour de l’hôtel. La maman le reconnait immédiatement : c’est bien celui de sa petite Janine. Le drame aurait donc eu lieu dans l’immeuble, précisément.

De troublants aveux

dailyheraldVers 22 heures, ce 17 juillet, un rebondissement inattendu précipite l’enquête. Sydney Harle, le voisin anglais, se présente au commissariat de police de Clichy. Il confesse : « Hier soir, en rentrant à l’hôtel, je heurtai avec ma bicyclette la jeune Bigogne, qui jouait dans la rue. Elle fut projetée sur le trottoir où elle se fracassa la crâne. Je la relevai grièvement blessée et l’emmenai dans ma chambre pour la soigner. Mais, quelques instants après, elle succombait à ses blessures. J’ai perdu la tête. C’est alors que j’ai eu l’idée d’enfermer le corps dans une valise et de le faire disparaître. J’ai jeté la valise dans le bassin de décantation des eaux de Clichy ». Ce récit laisse les enquêteurs sceptiques : aucune trace de sang n’a été signalée rue Martre et on ne trouve aucun témoin de l’accident. Immédiatement, le commissaire et deux agents emmènent l’homme près du collecteur d’égout où il dit avoir jeté le petit cadavre. Mais toutes les recherches opérées par la police afin de retrouver la valise tragique ne donnent aucun résultat.

Macabre découverte

Sydney Harle est ramené au commissariat, où il sera questionné toute la nuit. Il maintiendra coûte que coûte son récit, sans jamais sourciller. Cependant, tout est sur le point de basculer… Jeudi 18 juillet 1929, vers 6 heures du matin, Florent Verbroeken, un terrassier travaillant aux dépôts de sable des berges de Seine découvre une valise en cuir jaune, abandonnée près d’un tas de graviers en face du 18 quai de Clichy, au niveau de la rampe qui descend vers le chantier à sable. Intrigué, il l’ouvre, et y découvre horrifié le corps affreusement mutilé de la petite Janine… Il hèle alors une camionnette qui passait par là et transporte immédiatement sa terrible trouvaille au commissariat de Clichy. Les premières constatations de la police sont sans appel, il s’agit bien là d’un crime odieux : l’enfant, dont le petit corps ensanglanté était couvert de tâches bleuâtres, avait les bras ligotés en arrière de la poitrine ; le bras droit était fracturé ; la tête avait été, ainsi que le haut du corps, complètement repliée sur les genoux, et les pieds, eux-mêmes ficelés avaient été tournés en dedans ; au cou, des traces de strangulation.

bigogne04Très vite, le corps est présenté à Harle, qui se montre tout à coup mal à l’aise, et passe aux aveux. « Rentrant chez moi mardi soir, j’ai rencontré la petite Janine dans le couloir. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je lui ai offert de venir chez moi manger des bonbons. Je l’ai couchée sur le lit et je m’apprêtais à abuser d’elle lorsque j’ai entendu sa mère qui l’appelait d’une voix inquiète. Elle a répondu « Maman ! Maman ! ». A ce moment, j’ai perdu ma tête. J’ai appuyé ma main sur son cou pour l’empêcher d’appeler. J’ai serré. J’ai serré avec une telle force que le sang jaillit des oreilles, giclant sur les murs et sur le plancher. Et soudain je me suis trouvé en face d’un cadavre », raconta-t-il à ses geôliers. Sydney Harle déclare ensuite avoir violé le corps de l’enfant morte, et affirme s’être débarrassé du cadavre avant le matin. Il dit avoir bu dans divers cafés avant de déposer la valise sur le quai de Clichy, dans la nuit de mardi à mercredi. « Je suis sorti vers 2 heures du matin pour aller la jeter dans la Seine, mais il y avait du monde, alors je l’ai laissée contre un mur et je suis rentré me coucher. Mercredi matin, je suis parti travailler comme à l’habitude. Je suis rentré à midi. C’est à ce moment que j’ai lavé les draps et le carreau de la chambre. Quand je suis sorti avec une cuvette d’eau, j’ai rencontré les parents de la petite sur le pallier. Je suis allé travailler à 13h30. Je suis repassé quai de Clichy vers 22 heures. La valise avait disparu. Alors je me suis rendu compte que j’avais commis une bêtise et je suis venu au commissariat de police », avance-t-il.

Aussitôt, les équipes de Godard de Donville s’attellent à vérifier ses dires. Le meurtrier est transporté quai de Clichy. Il montre l’endroit exact où il a abandonné la valise. « C’était là, face au 8 quai de Clichy ! », assure-t-il, montrant le mur contre lequel il dit avoir laissé l’objet, au niveau de l’angle avec la rue du Bac d’Asnières. Pourtant, la valise a été retrouvée un peu plus loin. « On pense qu’un passant peu scrupuleux, voyant ce colis abandonné, s’en était emparé, l’avait transporté quelques mètres plus loin, mais ayant vu qu’il contenait un cadavre, était parti sans demander son reste », estime la police.

Elle a presque touché le cadavre

bigogne09bEncore plus glaçant, le témoignage de Joséphine Lobert, 57 ans, une habitante du quartier de la funeste découverte, qui tomba sur la valise jaune, usagée, sans serrure et n’ayant plus qu’une poignée, la veille de sa découverte officielle à l’endroit indiqué par Harle. « Hier, il était environ 16 heures, comme je rentrais chez moi venant de faire mes commissions, je remarquais posée sur le trottoir du quai de Clichy une valise jaune. J’attendis un instant pour voir si personne ne viendrait la chercher, puis je ne sais sous l’effet de quelle impulsion, je soulevai la valise et remarquai qu’elle était très lourde. Tiens, me suis-je dit, ça c’est encore une blague, cette valise est pleine de pierres, et je laissai là, sans le savoir, le cadavre de la malheureuse enfant », se souvient-elle, choquée.

Revenons-en à l’enquête. Après les quais, direction l’hôtel, pour une perquisition en bonne et due forme du domicile de l’assassin. Alors qu’on l’installe dans la voiture des forces de l’ordre, Harle tente de fuir, sans succès. Une fois arrivé rue Martre, bien évidemment, le suspect assure avoir oublié sa clé. Il faut donc pénétrer dans sa chambre en brisant un carreau de la fenêtre qui, précisément, donnait sur la verrière où l’on avait découvert la chaussure de la petite Janine. Une fois à l’intérieur, furent découverts : deux draps récemment lavés sur lesquels on distinguait encore des tâches sombres ; une couverture ensanglantée ; deux morceaux de bois maculés de sang cachés sous le matelas. « C’est toi qui a assassiné cette enfant, misérable ! », lui crie le commissaire.

Lynchage en règle

Se voyant confondu, Harle panique et fait un croc-en-jambe à l’inspecteur Rousseau, qui le tenait fermement. L’inspecteur chute et se foule le poignet. Harle en profite pour s’enfuir en courant. Il est intercepté par les habitants de l’hôtel qui, au fait de ses actions, lui font passer un sale quart d’heure. Lynché, c’est en piteux état qu’il est remis aux policiers : visage balafré, plaies sur le corps, col arraché… Livide et tremblant de tous ses membres, l’accusé est ligoté et ramené au commissariat. Mais devant la fureur de la population locale, qui entoure avec cris et colère les locaux de la police clichoise, il est décidé de transférer immédiatement le meurtrier à la prison de la Santé. A partir de là, Sydney Harle se montrera prostré, à la limite de l’inconscience, ne répondant presque plus aux questions.

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Par ailleurs, les témoignages recueillis par les enquêteurs apportent des précisions terrifiantes. Tout d’abord, il y a le rapport d’autopsie, qui démontre que « la fillette, étranglée par les mains et par un lien – sans doute un mouchoir – est morte asphyxiée. Elle a subi d’odieuses violences avant de mourir et a eu, de ce fait, le bassin fracturé. En outre, le praticien a relevé une fracture du crâne post-mortem sans doute produite lorsque l’assassin a placé le petit corps dans la valise ».

Un sadique alcoolique

Et puis, la presse dresse le portrait de ce « sadique à la misérable existence », de ce « petit homme maladif rongé de tuberculose, alcoolique de surcroît ». Sydney Harle est né le 19 février 1898 à Newbury, en Angleterre, d’un père confiseur et prédicateur, membre de la petite bourgeoisie d’outre manche. Il officie comme sapeur dans le génie pendant la première Guerre Mondiale. Blessé, il est hospitalisé à Amiens où il tombera amoureux de son infirmière, Blanche Helluin, qu’il épousera en 1922. Il s’installe en France, s’établit comme menuisier. Le couple a une petite fille, âgée de six ans au moment du drame (et dont la photographie trônait sur la cheminée de la chambre d’hôtel du criminel). En 1925, la menuiserie l’ennuie : il emmène sa femme et sa fille à Paris et exerce plusieurs métiers dans des banques, avant d’être embauché comme « téléphoniste » rue Ambroise-Thomas à Paris. Là, il commença à boire plus que de raison, ce qui poussa sa femme à rentrer vivre chez ses parents à Amiens, avec leur petite fille. « Sydney resté seul dans un hôtel meublé de Clichy, la sexualité commence à l’obséder comme un cancer. Il cherche les aventures faciles, il se vante de ses succès auprès des pauvres confidents qu’il peut s’offrir, le garçon de bureau, le balayeur (…) La concierge le surprend en train de conter à voix basse de ces histoires graveleuses à son gamin qui a dix ans ». Ses collègues donnent de lui l’image d’un « dévoyé, ivrogne et débauché » qui s’était « à plusieurs reprises attiré des observations pour ses propos inconvenants vis-à-vis de clientes ». Un chic type, donc !

bigogne05Les différents témoignages permettent également de reconstituer assez précisément le déroulé des événements du 16 juillet. Vers 16 heures ce jour là, Harle était allé chercher plusieurs bouteilles de vin blanc et de cognac. Il avait bu jusqu’à 18 heures, heure à laquelle il quittait son poste. Il était tellement ivre qu’il ne fut pas en mesure de rentrer chez lui par ses propres moyens, et le garçon de bureau du le ramener en taxi jusqu’à Clichy. Au même moment, madame Bigogne sort faire les courses. Gisèle est dans son berceau, Janine s’ennuie. Elle sort, descend maladroitement l’escalier. Une voisine la rencontre et lui dit de remonter. Elle remonte et dépasse son étage jusqu’au 3ème. Elle se tourne pour redescendre, quand dans l’escalier une longue silhouette maigre surgit et s’arrête en la voyant. C’est Harle, qui rentre du travail et aperçoit la petite sur son pallier. La terrible suite, on la connaît…

Le lendemain du crime, il a pris son service à 9h10. Rien dans son apparence ne pouvait faire soupçonner à ceux qui travaillaient avec lui son atroce secret. Cependant, quelqu’un remarqua qu’il avait les mains écorchées et la manche droite de son veston déchirée. L’après-midi, il arriva avec une heure de retard et s’excusa en disant qu’il était allé faire une course à la gare St Lazare. En réalité, il venait de déposer la tragique valise au bord de la Seine…

Poignants adieux

bigogne01Le 23 juillet 1929, les obsèques de Janine Bigogne sont célébrées à 16h30. C’est une marée humaine qui a accompagné la pauvre petite jusqu’à sa dernière demeure. Lorsque le cortège funèbre est passé devant le 87 rue Martre, l’émotion fut à son comble. L’inhumation a eu lieu au nouveau cimetière municipal et les parents furent entourés par beaucoup d’affection et par le soutien d’une ville toute entière, meurtrie par un crime odieux et abject. Nul doute que le maire de l’époque, Charles Auffray, fut présent pour rendre un bel hommage à la petite défunte.

Bigo001.jpgJ’ai essayé de localiser la tombe : le conservateur du cimetière Nord de Clichy m’a été d’une grande aide dans cette entreprise. Il a pu retrouver la fiche d’inhumation de Janine, qui montre que l’enfant fut la 323ème personne à être enterrée dans ce cimetière qui était alors tout récemment ouvert.

Malheureusement, plus rien ne reste là où le petit corps fut enseveli. C’est Louis Joseph Bigogne (probablement le grand père paternel) qui a acheté une concession trentenaire dans la troisième division, ligne 1, emplacement numéro 46. A cet endroit, de simples graviers entre d’autres tombes d’enfants. Dans les archives du cimetière, aucune exhumation, ni retrait ni déplacement du corps n’est enregistré. L’emplacement est donc libre mais n’a jamais resservi suite à l’enterrement de la petite Bigogne, dont les restes n’ont probablement jamais été retirés du sol, mais ont disparu au fil du temps.

Bigo003Du côté de l’investigation, les informations commencent à s’accumuler. Les incohérences et mensonges de la version servie aux autorités par Sydney Harle commencent à se faire voir. C’est bien le mercredi vers 13 heures qu’il s’est débarrassé du corps, et non pas au cours de la nuit précédente. La concierge de l’hôtel l’a en effet vu quitter l’établissement à 13h30, sa valise à la main. Elle lui a même demandé si il partait en vacances. Il est donc certain que le cadavre de l’enfant est resté toute la nuit sous le lit de son meurtrier, et par là même, au dessus de la tête de ses parents éplorés…

Mis face à ses incohérences, Sydney Harle modifie son histoire, et confirme cet emploi du temps. Cependant, face au juge d’instruction, il ne fera montre d’aucuns remords, se contentant de dire « je ne sais pas pourquoi je l’ai fait, je devais être ivre ».

La presse de l’époque s’enflamme ! Le crime aurait-il été commis sous l’effet néfaste de l’alcool ? Tous sont convaincus que non. « Tout, dans son odieux forfait témoigne que le monstre a agit avec toute sa lucidité », écrivent les journalistes.

Les femmes, au foyer !

Une autre polémique, qui nous semblerait bien déplacée aujourd’hui, éclate : « Pour vivre et élever les gosses, les parents s’en vont à l’usine ; ils y passent leurs journées. Les enfants se gardent comme ils peuvent, avec l’aide et la complaisance des voisins. On sait la suite : une brute alcoolique rencontre la fillette ; il la souille et la tue. La morale bourgeoise se dresse et s’indigne. La guillotine pour l’assassin, tel sera le dénouement logique de cette histoire. Mais pas un de ces moralistes ne songe ou ne songera que la grande coupable, c’est la société (…) Combien de drames de ce genre pourraient être évités si la bourgeoisie française comprenait la nécessité d’une série de réformes profondes concernant la protection de la femme et de l’enfant. Le fait qu’une femme est dans l’obligation d’abandonner ses enfants pour aller gagner sa vie au dehors est une honte sociale ». Oui, vous avez bien lu. Le calvaire de la petite Janine Bigogne fut brandi comme étendard par les opposants au travail des femmes !

Interné à Villejuif

bigogne08Qu’advint-il de Sydney Harle ? Après près d’un an d’examen mental, il fut déclaré fou par les experts. Ces derniers estimèrent que si Harle était pleinement responsable et conscient au moment des faits, il avait perdu la raison dans les deux mois qui suivirent. Ce diagnostique lui a évité un procès et il ne passa jamais aux assises. Ainsi s’arrête cette saga dans la presse française. Heureusement, à force de recherches, j’ai pu trouver la fin de l’histoire dans la presse britannique.

Le 1er mai 1952, le Foreign Office (ministère britannique des affaires étrangères) demande le rapatriement de Sydney Harle. L’homme est alors âgé de 54 ans, et est interné depuis 22 ans à l’asile Henri Colin de Villejuif (aujourd’hui hôpital Paul Guiraud). Jamais jugé, l’anglais n’a pas été reconnu coupable. Cependant, n’ayant pas été reconnu fou au moment du crime, il n’en a pas non plus été exonéré. C’est son frère, Stanley, qui a demandé ce transfert, en affirmant que son frère n’était pas fou et que cet internement était arbitraire et infondé.

J’interromps d’ailleurs pour quelques lignes mon récit, afin de préciser que le traitement de l’affaire outre Manche a été totalement différent. Dans les tabloïds anglais, les faits commis par Harle étaient constamment minimisés en 1929 et 1930. Ainsi, il ne fut jamais mentionné que la fillette avait été violée, et Harle n’était présenté que comme suspect à qui pouvait, éventuellement, appartenir la valise jaune retrouvée près de la Seine. Des tribunes ont même été publiées pour le défendre, lui, pauvre victime de la guerre, hanté par des poussées de folie dues à la malaria et au syndrome de l’obusite, soutenu et défendu par sa femme qui lui rendait souvent visite en prison, etc.

Libéré, délivré

Cependant, lorsque le sort du meurtrier revint dans les colonnes des journaux en 1955, à l’occasion de sa libération après 26 années d’internement, le ton est différent. Ni blessures ni traumatismes de guerre ne sont mentionnés, et il est écrit partout que l’homme se plaint de n’avoir jamais reçu la visite de sa femme lorsqu’il était captif.
En outre, les newspapers de 1930 m’apprennent que Sydney Harle avait conduit une grève de la faim à partir du 2 janvier de cette année là au sein de la prison de la Santé (où il était depuis six mois), pour se plaindre du temps que mettait son procès à avoir lieu. Il fut transféré à l’infirmerie de la prison de Fresnes « où il sera nourri de force si nécessaire ». Son jeûne s’acheva-t-il de façon volontaire ou bien plus musclée ? Je n’en ai aucune idée.

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C’est le 15 novembre 1955 que Sydney Harle retrouva la liberté, à 57 ans. A sa sortie de détention, il portait un pantalon noir à rayures élimé ainsi qu’un vieux pardessus gris. Des vêtements à la mode, oui, mais près de 30 ans plus tôt ! « Tout est si différent. Les voitures sont si rapides. Les femmes, elles s’autorisent des formes à nouveau », aurait-il déclaré. « Des larmes ont coulé sur ses joues de parchemin en montant dans un vapeur pour Londres. A Dover il retrouva son frère, Stanley, 64 ans. Une heure et demie plus tard, Sydney fut emmené par une ambulance à l’hôpital Sainte Augustine près de Canterbury. Il fut choqué lorsqu’il réalisa qu’il ne rentrerait pas chez lui. Le docteur lui expliqua que ça serait mieux qu’il soit à l’hôpital pour quelques jours », relate le Daily Star.

Enfin, le 30 novembre 1955, quelques détails supplémentaires sont apportés par le Singapore Free Press : l’article stipule qu’après avoir « passé 26 ans en prison sans procès », le meurtrier fut relâché car les autorités françaises ne pouvaient plus le juger du fait des délais de prescription. De ce fait, la demande de libération de Stanley fut acceptée, avec un commentaire au vitriol de l’administration française qui aurait répondu à l’ambassade britannique qu’elle était ravie de se débarrasser de ce pensionnaire encombrant « qui a déjà coûté 85.000 dollars aux contribuables français ».

La libération de Harle fut assortie d’une interdiction de séjour sur le territoire français et d’une obligation de soins à la charge de l’Angleterre (qui refusa ce dernier point). De là, on perds définitivement la trace de Sydney Harle. Vécu-t-il paisiblement, quand trouva-t-il la mort et dans quelles circonstances ? Malgré d’intensives recherches, je n’ai pas réussi à le déterminer.

PS : Pour rédiger cet article, j’ai consulté de nombreux journaux d’époque. Je me suis notamment appuyée sur les éditions suivantes : Le Populaire du 19 juillet 1929 ; Paris Soir du 19 juillet 1929 ; Le Matin du 19 juillet 1929 ; Ouest Eclair du 19 juillet 1929 ; Le Petit Journal du 19 juillet 1929 ; La Petite Gironde du 19 juillet 1929 ; Le Petit Journal du 20 juillet 1929 ; Le Petit Parisien du 20 juillet 1929 ; L’Echo d’Alger du 20 juillet 1929 ; Ouest Eclair du 21 juillet 1929 ; L’Echo de Tlemcen du 20 août 1929 ; Comoedia du 23 juillet 1929 ; Les Echos du 21 août 1929 ; L’Action Française du 2 août 1930 ; Le Temps du 2 août 1930 ; Western Daily Press du 3 janvier 1930 ; Daily Herald du 3 janvier 1930 ; l’Almanach des crimes et catastrophes de Clément Raymond ; Daily Mirror du 16 novembre 1955 ; Singapore Free Press du 30 novembre 1955

Crédits photos : DR


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