Où se trouvait le palais de Dagobert à Clichy ?

vasefuneraireComment parler de Clichy sans évoquer le « bon roi Dagobert » ? Et tenter de percer le mystère de l’emplacement de son palais ? La ville a d’ailleurs nommé une rue en l’honneur de l’illustre souverain, où furent découverts à l’été 1904 des vestiges d’une sépulture romaine. «Un vase de terre rouge pareil à une grande urne funéraire, était posé sur le sable, au-dessous de la terre végétale, à environ un mètre de profondeur. A côté l’on a recueilli un débris de poterie recouvert d’un enduit noir, et présentant des marques d’un travail soigné, et un fragment de tuile rouge d’une grande épaisseur et d’une extrême dureté. Ce sont des débris de l’art des romains», nous apprend l’abbé Narbey dans son ouvrage « Histoire de l’ancien Clichy et de ses dépendances ».

Mais revenons-en à Dagobert. Depuis plusieurs centaines d’années, l’emplacement exact de son fameux palais fait débat. Certains le situent à Clichy, tandis que d’autres le placent à Saint-Ouen. Il faut dire qu’à l’époque où Clichy s’appelait Clippiacum, son territoire s’étendait jusqu’aux actuelles grilles du jardin des Tuileries. Saint-Ouen en faisait donc partie, tout comme les Ternes, Monceaux, les quartiers parisiens de Saint-Lazare et Saint-Honoré, etc. Certains historiens affirment donc que lorsqu’il était question du Palais de Clichy, l’édifice se situait en fait à l’endroit qu’on appelle aujourd’hui Saint-Ouen (qui prit ce nom suite au décès du ministre de Dagobert).

Les rois de France depuis Pharamond, par Louis BoissevinCe que l’on sait avec certitude, c’est que ce palais, bien qu’entièrement construit en bois, était d’une grandeur incontestable, puisqu’il accueillit des événements d’une haute importance, lesquels réunissaient des dizaines de puissants du royaume : le mariage de Dagobert et Gomatrude en 624 ; plusieurs conciles (grandes assemblées) réunissant les évêques de toute la nation ; la soumission au roi Dagobert de Judicaël, roi de Bretagne ; le baptême de Sigebert, fils de Dagobert, en 634 ; puis d’autres conciles encore sous le règne de Clotaire II et de ses successeurs mérovingiens ; le mariage de Clovis II et Bathilde. Malheureusement, «il ne reste maintenant nulle trace, nuls vestiges de ces habitations princières ; on cherche en vain la place qu’elles occupèrent […] Les villages de Clichy et de Saint Ouen se disputent l’emplacement du Palais», indique l’abbé Lecanu en 1848 dans son livre « Histoire de Clichy-la-Garenne ».

«Malgré l’activité qu’apporte notre époque aux recherches archéologiques, on n’a encore rien trouvé de concluant à Saint-Ouen, pas plus qu’à Clichy […] ces palais étaient en bois ; cela explique qu’il n’en soit resté aucune trace et montre l’inutilité de rechercher des ruines en pierre», renchérit Leopold Pannier en 1872 dans « La noble-maison de Saint-Ouen ». Seule certitude pour lui, «tout le monde reconnaît que le palais dont il s’agit était voisin de la Seine». Du reste, l’historien Pannier est convaincu que la maison royale se dressait à Saint-Ouen. «La terre de Clippiacum […] ne comprenait qu’une villa unique couvrant seulement le sommet du monticule où est le Saint-Ouen actuel ; la demeure de l’évêque (note : Saint-Ouen) devait être à cet endroit même, et formait , avec celle des autres officiers, un petit groupe dont le palais du roi était le centre. Puis, le saint mort, et les rois ayant préféré d’autres manoirs, Clippiacum fut abandonné ; le reste de la villa disparut promptement. Mais tandis qu’on laissait s’en aller en poussière les fragiles cloisons de bois de la demeure royale, le clergé, par la vénération dont il honorait au contraire la mémoire du saint, protégeait son ancienne pauvre habitation, et en faisait même une chapelle dès le IXe siècle. Que deux ou trois cents ans se passent, et sur l’emplacement de cette misérable chapelle, dont il ne reste rien, on élèvera peu à peu l’église actuelle. D’où il résulterait, que la position de l’église de Saint-Ouen, telle qu’elle existe depuis plusieurs siècles, fixerait approximativement la place qu’occupait, il y a douze cents ans, le centre du palais de Dagobert», affirme-t-il, en conclusion de ses recherches et hypothèses.

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En 1645 déjà, la même thèse était avancée par Guillaume du Peyrat dans son « Histoire ecclésiastique de la cour », que j’ai pu consulter aux archives, où il évoquait cette «noble maison de Saint-Oüyn, anciennement appelée le Chasteau de Clichy». «Le Roy Dagobert […] en son château de Clichy, non loing de l’Abbaye de Saint-Denys», y écrivait-il encore.
En 1849 cependant, Alexandre Germain Constant Bellanger se faisait l’écho du son de cloche opposé dans sa « Notice historique sur les Ternes et les environs ». Dans un paragraphe, il indique que «Dagobert Ier aimait le séjour [à Clichy] jusqu’au point d’y résider constamment. Il y fit bâtir un palais avec toutes ses dépendances. Dagobert se plaisait d’autant plus à Clichy, qu’il était là tout à la-fois près de Paris et de St-Denis, où il avait entrepris d’ériger une magnifique basilique. En 626, Dagobert célébra ses noces avec Gomatrude, dans son beau palais des bords de la Seine, à l’entrée de la forêt de Clichy».

dago02L’abbé Narbey, premier vicaire de Clichy, a réalisé au début du XXè siècle un important travail historique sur sa commune. Après avoir pendant des années consulté moult documents et archives, il publia, en 1908, le livre « Histoire de l’ancien Clichy et de ses dépendances ». Il y soutient également que le palais de Dagobert était à Clichy même, près de la rue de l’Abreuvoir, «où la tradition populaire fixait la place du palais du roi Dagobert». Il est, selon lui, impossible que l’édifice royal fut situé à Saint-Ouen. Il s’appuie, entre autres, sur la dernière mention écrite que l’on ait retrouvé de l’endroit, dans un manuscrit de Charlemagne daté de 781. «C’était le temps où Saint-Ouen avait déjà son nom (Cella Sancti-Audoeni) depuis plus d’un siècle. Si le palais public dont parle Charlemagne (actum clippiaco, palatio publico) avait été à Saint-Ouen, la mention de Actum Clippiaco aurait été remplacée par Actum ad Cellam Sancti-Audoeni. C’est encore une preuve que Clichy n’était pas confondu avec Saint-Ouen au 8è siècle, et que le palais du roi Dagobert Ier n’était pas à Saint-Ouen ». Il argumente également en rappelant que les rois mérovingiens étaient férus de chasse, et que «comme [la forêt] était beaucoup plus rapprochée de Clichy que de Saint-Ouen, il était tout naturel qu’ils eussent choisi leur résidence à Clichy plutôt qu’à Saint-Ouen».

Au neuvième siècle, Paris et ses alentours eurent à subir les violentes invasions des Normands. C’est à cette période que le palais disparu, probablement saccagé puis brûlé. Les dates de l’an 885 ou 886 sont avancées par certains historiens. «Alors, sans doute, fut renversé, pour ne plus se relever, le palais de Dagobert», déplore l’abbé Lecanu.

Une solution se laisse entrevoir dans « Les belles heures de Clichy » (publié en 1992) où l’historien parisien Marc Gaillard affirme : «La seule trace du palais de Clichy a été retrouvée en 1992, sous la forme de quatre trous de poteaux définissant une pièce rectangulaire et des éléments de mortier de cette époque». Malheureusement, aucune donnée géographique ne complète cette assertion. J’ai tenté d’en savoir plus sur le sujet mais je n’ai réussi à trouver ni document, ni archive, évoquant cette découverte ou même la tenue de fouilles archéologiques à Clichy-la-Garenne en 1992. Il semble donc que le véritable emplacement du palais de nos anciens rois ait vocation à rester un mystère…

Crédits photos : Archives Nationales/BNF


Une réflexion sur “Où se trouvait le palais de Dagobert à Clichy ?

  1. Merci Orianne pour cette nouvelle page d’histoire de Clichy. C’est un sujet dont j’avais parlé avec des habitants de Saint-Ouen. Ils revendiquent être la capital de Dagobert et présentent Clichy comme sa « banlieue ».
    Bonne continuation.

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